La maison J.-Edmond Drouin, une maison à tourelles typique du quartier Everell (collection Michel Bédard)
Le coupe Everell lord d'un voyage à Atantic City (collection Paul-Henri Everell)

Dimanche 17 septembre
Intérieurs privés du quartier de villégiature des bourgeois de Québec au siècle dernier.
Le quartier Everell au bord de mer !

Coût : 15$ par personne
Réservation : obligatoire : 418 821-7031 ou formulaire en ligne.
Lieu de départ : sera mentionnée après réservation et paiement.


La construction de la voie ferrée à la fin du 19e siècle par la compagnie de chemin de fer Québec, Montmorency et Charlevoix semble à l’origine du quartier Everell à Beauport. Elle en restera le fil conducteur de son développement. Dès le début des années 1900, les premières maisons apparaîtront dans ce secteur, alors appelé le rang no. 1.

Surnommé la place des rapportés par les gens du haut (Bourg du Fargy, vieux Beauport), Everell devint le lieu de prédilection pour les gens d’une classe aisée de Québec. Ils sont pour la plupart négociants, commerçants, manufacturiers et désirent fuir, pendant la saison estivale, la ville où l’agitation urbaine devient de plus en plus difficile à supporter. Ils y recherchent alors un endroit propice au rêve, au repos et à la détente en compagnie des membres de leur famille.

Le rang no.1 répond bien à toutes ces attentes : atmosphère campagnarde, présence de champs et d’activités agricoles, végétation abondante en bordure de la falaise, présence de peupliers et d’ormes majestueux, vue et accès au fleuve et surtout, accessibilité de Québec grâce au chemin de fer en peu de temps. De nombreuses familles bourgeoises de Québec établissent des résidences d’été cossues au travers de maisons plus simples des résidants permanents. Dans les années 1920, le secteur forme une agglomération assez importante et compte suffisamment d’enfants pour qu’on y ouvre une école.

Potentiellement, ce rang offrait à ceux qui pouvaient se le payer, des caractéristiques intéressantes pour devenir un secteur de villégiature modeste, mais convoité à quelques pas de Québec.

Le paysage architectural d’Everell se remplit dès lors de maisons d’été aux allures cossues et à l’ornementation élaborée, auxquelles se mêleront les maisons plus simples des résidants permanents. L’architecture des maisons d’été s’inscrit alors dans deux grands courants stylistiques principaux. Le premier s’inspire du courant Victorien qui marqua tout le paysage de la Nouvelle-Angleterre. Il se caractérise par des façades à la silhouette coiffée de pignons ornés et de tourelles, de grandes galeries couvertes parées de dentelles de bois et de nombreuses ouvertures en façade. L’autre courant stylistique découle du style Italiante. Certains détails, comme l’utilisation de la brique, les corniches massives supportées par des mordillons et les toits à profil plat, y sont empruntés.

Everell connaîtra son apogée à la fin des années 1940. Le prolongement de l’avenue Raymond, ce petit chemin public de l’époque, deviendra dans les années 1950 la route qui, longeant le fleuve, débouchera à Sainte-Anne-de-Beaupré. Désormais, cette large voie longue de 18 milles s’appellera le boulevard Sainte-Anne. L’Élargissement se fit cependant au détriment des propriétaires qui voient leurs terrains amputés. La circulation de plus en plus dense et la division du quartier en deux entraînent le départ des estivants. Aujourd’hui, les belles résidences cossues d’Éverell témoignent toujours de cet épisode du passé beauportois. La construction de l’autoroute Dufferin-Montmorency, du boulevard des Chutes et des bretelles d’accès qui les relient modifieront considérablement le paysage d’Everell. Peu de choses laissent soupçonner à l’automobiliste de passage l’histoire modeste, mais combien représentative, de cet ancien coin de villégiature de Beauport. Les maisons restent, mais le paysage a disparu…

 

Qui était Joseph-Alfred Everell ?

Joseph-Alfred Everell, est l’aîné de Norbert Everel dont le père est venu de Greenwich (Angleterre), près de Londre, à l’occasion de l’invasion américaine de 1812-1814. J.-A. Everell naît le 2 janvier 1863. Il débute très jeune dans la carrière ferroviaire, prenant part à la construction du chemin de fer Québec-Lac-St-Jean. En 1889, il est au service du Quebec-Montmorency et Charlevoix Railway comme expéditeur de trains et en 1892, il assume la surintendance de la section Montmorency, avec bureau au coin des rues Saint-Paul et Ramsay.

Cette promotion à la surintendance permettra à J.-A. Everell de donner sa pleine mesure de son esprit d’initiative. Il est en grande partie responsable de la popularité croissante du pèlerinage à Sainte-Anne-de-Beaupré (1,2 millions de visiteurs en 1913) et au Kent House (Manoir Montmorency) ainsi que plusieurs autres activités sur la côte de Beaupré. Ce ne furent pourtant là que certaines des actions les plus voyantes du surintendant. Everell facilita le peuplement du quartier à son nom. En effet, comme il n’y avait pas de voies carrossables sur la rive nord du Saint-Laurent, c’est la compagnie ferroviaire qui transporta matériaux et meubles des premiers résidants du village Everell, venant par exemple des paroisses Saint-Jean-Baptiste ou Limoilou. Après le dernier tramway du convoie, la Compagnie ferroviaire mettait à la disposition des gens un wagon à marchandises que le train amenait jusqu’à la maison en construction. Les occupants avaient toute la nuit pour le vider, le premier train matinal ramenant à Québec le wagon utilisé. Tout cela, sans frais pour les nouveaux venus au village.

J.-A. Everell devait aider encore le public et les propriétaires du quai fluvial où abordaient les bateaux à vapeur Saint-Irénée, Sainte-Croix et l’Étoile en encourageant les estivants à s’installer le long de la voie de Québec à Saint-Joachim et en favorisant la baignade. Plus de 160 propriétaires feront des arrangements pour recevoir ces estivants. De plus, il accordera des facilités pour le matériel de construction et pour les bagages. Tout cela était connu par les journaux, et des listes de propriétaires étaient dressées annuellement pour inviter touristes et estivants à trouver pension pour la saison sur la côte.

La promotion de l’industrie, du commerce et du tourisme rejoignait l’une de ses préoccupations : celle du Q.R.L.&Power, pourtant, il n’en tira jamais quelque avantage, usant ses énergies et même sa santé. Il s’éteint le 17 mars 1934, à l’âge de 71 ans et deux mois. Dans la notice nécrologique qu’il consacra à J.-A. Everell, le journal l’Événement devait souligner « qu’il avait coopéré grandement au succès de plusieurs maisons d’affaires de Québec » et que ce petit cheminot avait su donner la mesure de son esprit d’initiative, étant devenu un grand promoteur.

Source des textes : Histo’Art, numéro 2, publication de la Société d’art et d’histoire de Beauport.

Joseph-Alfred Everell, administrateur de la Quebec Railway Light and Power à Québec
(collection Michel Bédard, archives de la ville de Québec)

Beauport, un coin de villégiature à Everell en 1929
(collection Michel Bédard)

Villa Saint-Roch, la maison des Duval vers 1930 (collection Monique Duval)

Le Passage du train dans le secteur de villégiature Everell
(source : Archives de la Sahb)